Bonjour. Je vous propose aujourd’hui de méditer sur un mot que nous employons chaque jour sans jamais le définir : la beauté.
Qu’est-ce qui rend une chose belle ? La question a traversé les siècles sans jamais recevoir de réponse définitive. Pour les Anciens, la beauté résidait dans l’harmonie, dans la juste proportion des parties. Les modernes ont renversé l’édifice : la beauté, ont-ils dit, n’est pas dans l’objet, mais dans le regard que nous posons sur lui. Le beau n’existerait pas sans un sujet pour le contempler.
Il y a quelque chose de vertigineux dans cette idée. Si la beauté est affaire de regard, alors elle est relative, changeante, insaisissable. Ce qui émeut une époque en laisse une autre indifférente. Les cathédrales gothiques, aujourd’hui célébrées, furent longtemps jugées barbares. Le jugement esthétique n’échappe pas à l’histoire.
Et pourtant, l’expérience de la beauté est universelle. Devant un coucher de soleil, une fugue de Bach, un visage aimé, quelque chose se produit qui ne relève ni de la raison ni de l’intérêt. Nous sommes saisis, transportés, parfois au bord des larmes. La beauté nous arrête, et cette suspension du temps est peut-être sa définition la plus juste.
Il faut se garder de la réduire à l’agréable. La beauté n’est pas le joli. Elle peut être rude, inquiétante, terrible même. Il est des paysages désolés et des visages ravinés qui possèdent une beauté plus profonde que bien des cartes postales. C’est que la beauté, loin de fuir la vérité, la révèle.
Notre époque entretient avec la beauté un rapport ambigu. Jamais on n’a autant fabriqué d’images lisses, retouchées, policées, et jamais peut-être on n’a aussi peu cultivé le vrai goût. La beauté devient une marchandise, un standard. Or la beauté véritable ne se consomme pas ; elle se rencontre.
Elle demeure l’un des rares mystères que la science n’épuise pas. On peut expliquer pourquoi une fleur nous plaît, mais non pourquoi elle nous émeut.
Cultiver le regard, voilà peut-être la tâche la plus urgente et la plus douce qui soit. Car voir la beauté, c’est déjà être sauvé.
Merci de votre écoute, et à bientôt.
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