Bonjour. Le temps, dont nous allons parler aujourd’hui, est peut-être le plus étrange des sujets : nous y sommes immergés sans jamais le saisir.
Saint Augustin l’avait noté avec une étonnante modernité : si personne ne me demande ce qu’est le temps, je le sais ; si l’on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne le sais plus. Cette aporie n’a rien perdu de sa force. Le temps est à la fois la chose la plus intime, celle qui rythme nos journées, nos sommeils, nos vies, et la plus impénétrable.
Les hommes ont toujours cherché à le domestiquer. Les calendriers, les horloges, puis les montres de précision, sont autant de tentatives pour le rendre docile. Notre époque est allée plus loin : elle l’a accéléré. Nous courons, nous enchaînons, nous optimisons, comme si gagner du temps était le but ultime de l’existence. Or, à force de vouloir en gagner, nous en perdons le goût. Nous gagnons des minutes et nous perdons la vie.
Il existe pourtant une autre sagesse du temps. Celle des paysans d’autrefois, qui savaient attendre les saisons. Celle des artisans, qui polissent lentement. Celle des penseurs, qui estiment qu’une idée mûrit comme un fruit. Le temps lent n’est pas du temps perdu ; c’est le temps de la profondeur.
Il faut aussi accepter ce que le temps fait de nous. Il nous use, bien sûr, il nous ride, il nous sépare de ceux que nous aimons. Mais il nous mûrit aussi, il nous éduque, il dépose en nous une patience que la jeunesse ignore. Le temps est un maître sévère, mais juste.
Face à lui, deux attitudes seulement : le nier, en courant sans cesse, ou l’habiter, en consentant à sa lenteur. La première épuise ; la seconde apaise.
Peut-être, au fond, l’art de vivre n’est-il rien d’autre que cela : savoir donner au temps sa juste place, ni trop, ni trop peu. Ni le gaspiller, ni le compter.
Le temps ne nous appartient pas ; c’est nous qui lui appartenons. L’accepter, c’est déjà commencer à vivre.
Merci de votre écoute, et à bientôt.
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